Une nouvelle section – Pulsion Audio !

La musique, comme les whiskies, occupe une place importante dans ma vie. Quoi de mieux pour faire une dégustation qu’une pièce de Miles Davis, John Lee Hooker, Daniel Bélanger ou de Pink Floyd jouant en arrière-plan !

J’ai donc décidé de collaborer avec Pulsion Audio (www.pulsionaudio.com) pour vous faire découvrir cet autre univers!

Pulsion Audio est un magazine web sur l’audio et la musique sous toutes ses formes. Vous y trouverez des critiques musicales sur CD, vinyles et en spectacle, des bancs d’essais d’appareils audio ainsi que biens d’autres trucs hyper intéressants entourant le monde de la musique.

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pulsion audio

RÉÉDITION: Hendrix et son « Cry of Love » à redécouvrir

Par : Denis Filion – Chroniqueur

Aussi imparfait soit cet album posthume, le premier d’une longue lignée, aussi incomplet soit son témoignage, il demeure que « Cry of Love » est une fascinante reconstruction des derniers moments de Hendrix dans son studio nouvellement construit, alors qu’il mixait avec Eddy Kramer la matière immensément dense de son album-double en gestation.

Et, lorsqu’on étudie la chronologie de cette année tourmentée, 1970, on réalise qu’après de longs tâtonnements et de multiples changements de personnels, Hendrix était passé en vitesse grand « V » et avait trouvé un son, son nouveau son: le son que cette réédition de « Cry of Love » vient illustrer de la plus brillante manière, à l’aide du remastering, plein de punch et fourmillant de détails, de Bernie Grundman.

Transient

Un son post-blues?

Pour l’amateur du Hendrix de Electric Ladyland et de Axis: Bold As Love (dont je suis), The Cry of Love demande une adaptation. Car le coeur de l’album semble évacuer de la recette sonore des éléments essentiels du son Hendrix pré-1970: le blues et le psychédélisme. C’est d’autant plus surprenant que, lors de ses questionnements post-Experience, Hendrix a manifesté une envie très forte d’embrasser et embraser une mouvance funk/soul/rock très bluesy. Quand aux performances « live » de l’époque. elles le consacrent comme sublime bluesman et improvisateur de choc. Dans mon Panthéon personnel de musiciens, Hendrix est au rock ce que Coltrane est au jazz: une sorte de canal musical prodigieux, capable de distiller dans ses essences les plus fortes une énergie dévastatrice, mais aussi une humanité et une spiritualité intenses.

Mais « The Cry of Love » est d’une toute autre eau: le coeur de l’album est constitué de six titres concentrés, très rock, touffus et complexes, où les pistes basiques guitares-basse-batterie-percus-voix sont ciselés par une multitude d’overdubs à la guitare. Ceux qui ont parlé d’une architecture sonore n’ont pas tort. Le son est dense et les morceaux, aussi courts soient-ils (quand on compare aux excès passés), sont très développés et se déclinent parfois en plusieurs sections!

Mais quelle puissance dans ces pièces de moins de 5 minutes. Les idées fourmillent et la virtuosité instrumentale est toute au service de la construction musicale. FreedomEzy Rider, et particulièrement In From The Storm sont des joyaux durs. Night Bird Flying est un condensé du son rock bourgeonnant des seventies en devenir. On peut regretter la liberté des envolées instrumentales des disques passés, le blues passionné du grain de voix. Mais le guitariste avait trouvé un filon, qu’il ne put malheureusement amener à son épanouissement.

Eddy Kramer (l’ingénieur de son) et Mitch Mitchell (le batteur) ont par ailleurs fait un excellent boulot, en complétant et en séquençant, dans des circonstances difficiles, un album cohérent, bien équilibré, tout à fait complet. Même s’ils devaient garder en réserve des joyaux  pour les sorties futures, comme la magnifique Hey Babe (The Land Of The New Rising Sun), le brulot Poli Gap ou l’épique Room Full of Mirrors, qui apparaissent toutes sur Rainbow Bridge. Par souci d’équilibre sans doute, ils ont ajouté deux ballades (restées inachevées) et deux blues (dont un rejet de l’époque Electric Ladyland), et ce faisant, ils ont fait de Cry of Love un authentique album, qui dépasse le simple hommage posthume. Ainsi, chaque moitié d’album comportent trois brûlots rock, une ballade et un blues pour clore.

Avant de quitter pour l’Angleterre pour un dernier voyage, Hendrix avait eu le temps, avec Kramer, de mixer la plupart des titres de Cry of Love. Mais les titres qui furent complétés par Kramer et Mitchell méritent d’être soulignés.

Écoutez la magnifique Drifting, à mettre presque au niveau de Little Wing. La ballade était restée inachevée. Avec un goût exquis, Kramer a complété une idée de Jimi en y ajoutant une magnifique partie de vibraphone; puis Mitchell a refait sa partie de batterie, qui est au final d’une beauté frappante. Les multiples guitares qui chantent autour de la voix de Jimi font de ce titre un des plus beaux du répertoire du guitariste. On imagine l’ambiance en studio, le 20 novembre 1970, lorsque ses amis musiciens ont mis la touche finale à ce titre!

Angel, dont des démos solo acoustiques apparaissent sur d’autres albums, demeure à ce jour le titre le plus connu de l’album, entre autres parce que Rod Stewart en a fait un succès. C’était de nouveau un titre inachevé que Mitchell et Kramer ont complété. On se surprend un peu de la densité de la batterie qui jure un peu! Mais c’était de nouveau un magnifique exemple de Jimi le songwriter et chanteur sensible et archi-doué, que ses talents à la six-cordes occultent parfois.

Plusieurs ont contesté la présence du jam bluesé « My Friend » (avec entre autres Stephen Stills et Paul Caruso), parce que Jimi n’a jamais eu l’intention de l’inclure dans son oeuvre à venir. Mais voyez-vous, il y a ceci avec Kramer: l’homme sait construire des albums bien séquencés, comme en font foi les albums posthumes récents de Hendrix, et My Friend clôt de manière parfaite une face A qui, autrement, aurait pu nous assommer de sa densité. Historiquement fidèle? Non. Mais musicalement justifié: oui, je le pense vraiment!

Et lorsqu’à la fin de l’album la voix, la guitare bluesy et la wah wah du blues intimiste Belly Button Window résonnent, avec ce texte si hendrixien qui récite cette histoire de foetus qui regarde avec méfiance par le belly button (nombril) de sa mère le monde peu accueillant qui l’attend, on se dit qu’il n’y avait pas manière plus jolie et poétique pour Hendrix de finir sa carrière studio, même s’il ignorait totalement, en ce 22 août 1970, qu’il enregistrait là ses dernières notes.

Transient

Et le remastering, il est comment?

Évidemment, qui dit réédition dit rematriçage, ou « remastering », pour employer le terme bien connu des audiophiles. Et « Cry of Love » étant disparu des catalogues depuis le tournant des années ’90 au profit de First Rays of the New Rising Sun, c’est avec les pistes de ce disque que nous pouvons comparer et apprécier l’effort de l’ingénieur de son Bernie Grundman et de Experience Hendrix.

Il faut dire que les premiers pas de Experience Hendrix dans le monde de la réédition musicale n’a pas fait le bonheur des audiophiles. Si les livrets sont des exemples du genre, le son, confié au regretté George Marino et à Eddie Kramer, a fait hurler les puristes analogues. La « loudness war » battait son plein en 1997. Et si le virus sourdingue est encore prévalent aujourd’hui dans les nouveautés rock, dance et rap, le champ des rééditions, lui, a énormément évolué.

Avec sa densité sonore et son son agressif, « Freedom », qui ouvre les deux albums avec punch, est un parfait exemple. Lors de la réédition 1997, Marino et Kremer opèrent une forte compression dynamique du son (comme si la piste manquait de torque!). Ce qui donne ceci:

Jimi Hendrix - Freedom [First Rays of the New Rising Sun]

Jimi Hendrix – Freedom [First Rays of the New Rising Sun]

pour un écart dynamique moyen autour de 12 dB. « Freedom », déjà archi-dense, vous est présenté ainsi avec un « mastering » « in your face », pour employer une autre expression qui court chez les audiophiles. Rematriçage-dans-ta-face. Un peu comme quelqu’un qui parle fort. Tout le temps fort. Vous ne pouvez pas passer à côté. Mais qu’est-ce que vous avez mal à la tête après une heure!

Et bien la réédition de 2014 évite toute compression dynamique, comme vous pouvez le voir ici:

Jimi Hendrix - Freedom [Cry of Love (Édition 2014)]

Jimi Hendrix – Freedom [Cry of Love (Édition 2014)]

Plus de 18 dB d’écart dynamique moyen. C’est, objectivement, une différence importante.

Et subjectivement?

Autrement dit, lorsqu’on cesse de regarder des graphiques et qu’on écoute, perçoit-on la différence?

Évidemment, l’avertissement habituel est de guise: la nocivité de la compression dynamique croît avec la qualité du système sonore. Un système qui distorsionne tout le temps ne sera pas terriblement affecté par la compression dynamique. Un système de haut niveau, lui? Oui. Oh oui!

Et sur « Freedom », je remarque une différence importante dans le réalisme vocal. La voix de Jimi, à plat dans le champ sonore et un peu désincarnée sur « First Rays », prend tout son relief dans ce nouveau « Cry of Love ».  Et en se détachant du mur de guitares qu’a bâti Jimi, elle laisse plus de place pour apprécier la complexité de celles-ci et l’intense échange musical entre les musiciens.

Passons rapidement sur la différence de EQ entre les deux versions: elle est très faible, cette différence. Signe, à mon avis, que la version 1997 avait quand même un respect du son Hendrix. On en espérait pas moins, avec Kramer à bord!

Jimi Hendrix - Freedom [EQ]: Si on voulait "égaliser" la version First Rays pour obtenir la courbe de fréquences sur "Cry of Love", voici la correction qu'il faudrait opérer.

Jimi Hendrix – Freedom [EQ]: Si on voulait « égaliser » la version First Rays pour obtenir la courbe de fréquences sur « Cry of Love », voici la correction qu’il faudrait opérer.

J’aimerais bien vous dire que le « nouveau » « Drifting« , dans toute sa beauté délicate, est une révélation, et que le son (légèrement granuleux sur First Rays) de la voix de Jimi est une révélation sur « Cry of Love », mais ce serait mentir. Dans mon système de son, les deux versions se ressemblent passablement, et la voix de Jimi demeure granuleuse à mes profanes oreilles: probablement un choix de micro. La différence d’écart dynamique moyen demeure cependant, et je parierais que des audiophiles plus exigeants (et dotés de systèmes à tout casser) pourront en tirer mille bénéfices. La basse est moins ronflante sur les parties plus denses, et c’est certainement un autre bénéfice de cette nouvelle version.

Les effets de compression dynamique peuvent être subtils, mais marquants. Par exemple. Pendant l’ultra-dense Night Bird Flying, la seconde partie de la pièce consiste en un véritable feu d’artifices du guitariste qui entremêle les lignes de guitare sur une sorte de fondation basse-batterie cyclique. Et, honnêtement, la compression dynamique tue la version « First Rays »: le son est déjà bien assez dense, le compresser nous met à la torture. Un remixage multi-canal serait probablement une révélation, mais au moins, en ouvrant l’espace sonore, Grundman permet à la rythmique (basse) et aux guitare (hautes) de mieux s’équilibrer et se répondre (écoutez le début de la deuxième minute!).

Une amélioration donc? Très certainement!

Une révélation? Peut-être pas. Mais les aficionados d’Hendrix n’hésiteront pas à substituer les pièces de First Rays par celles de cette nouvelle édition.

Quant aux autres, c’est peut-être le moment de s’initier au Hendrix de 1970. Celui qui nous fut dramatiquement arraché.

LA MUSIQUE

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LE SON

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JIMI HENDRIX – « The Cry Of Love »

EXPERIENCE HENDRIX/SONY LEGACY 884309652
1971, réédition 1994. Rematriçage: Bernie Grundman.

  1. Freedom
  2. Drifting
  3. Ezy Ryder
  4. Night Bird Flying
  5. My Friend
  6. Straight Ahead
  7. Astro Man
  8. Angel
  9. In From The Storm
  10. Belly Button Window

Articles passés :

– à venir !

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Publié le 3 novembre 2014, dans Divers, Nouvelles, Pulsion Audio, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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